Rencontre avec Holta Hoxha-Carron, directrice générale de Mille Visages Production

Publié le 16.05.2018
À l’occasion du 4e Forum Entreprendre dans la Culture, retour sur la trajectoire de cinq jeunes entrepreneurs lauréats du Prix IFCIC-Entreprendre dans la Culture 2017, organisé par le ministère de la Culture et l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC). Rencontre avec Holta Hoxha-Carron, directrice générale de 1000 Visages Production, association dédiée à la démocratisation de l’accès au cinéma, fondée par la réalisatrice Houda Benyamina, Césarisée pour « Divines ».
© Mille Visages Production

1000 Visages Production a été créée il y a déjà 12 ans, en 2006. Quels étaient vos objectifs et intentions en mettant en place une association comme la vôtre, rare dans le milieu du cinéma ?

L’idée de départ de Houda Benyamina, fondatrice de l’association, était de faciliter l’accès au monde du cinéma – dans ce qu’il comprend de plus large, de la pratique professionnelle au visionnage comme simple spectateur – à des jeunes éloignés du cinéma pour des raisons sociales, économiques ou territoriales, qu’ils soient issus des quartiers prioritaires ou de zones rurales.

Au-delà de la seule éducation à l’image, nous développons une large palette de métiers liés à la réalisation de films. Les jeunes formés chez 1000 Visages peuvent autant devenir scénaristes que réalisateur, producteur, acteur, et bien d’autres métiers encore. Tous nos ateliers et masterclass ont le même objectif : apprendre à vivre une aventure collective. S’intégrer à un projet commun, c’est devoir faire preuve de discipline et d’assiduité, montrer sa capacité d’écoute et de travail en équipe. C’est aussi prendre de l’assurance et trouver sa place. Quand vous possédez ce socle de confiance, tout est possible.


Comment a grandi 1000 Visages Production au fil des ans ?

Houda Benyamina a d’abord suivi une formation de comédienne à Cannes. Elle a préféré par la suite se consacrer à la réalisation et c’est au fil de son développement personnel qu’elle a commencé à travailler avec les jeunes au sein de l’association. Plus ses projets de court-métrages s’enchaînaient, mieux elle a pu les accompagner et les former, à un âge idéal (entre 12 et 25 ans) pour se perfectionner et commencer à se créer un réseau.

Sur les premières années, le groupe était composé d’une vingtaine de jeunes. Quatre ou cinq sont devenus des professionnels, certains ont même obtenu des prix prestigieux. Aujourd’hui, plusieurs centaines de jeunes participent à nos actions partout en France. 1000 Visages est devenu un découvreur de talents, mais aussi un cadre de formation et d’insertion épanouissant.

Je n’ai aucun problème à dire que 1000 Visages est gérée davantage comme une initiative entrepreunariale que comme une association. Si notre domaine d’activité nous rapproche plus de l’économie sociale et solidaire, cela ne nous empêche pas d’avoir de l’ambition. 1000 Visages n’a aucun compte à rendre à des actionnaires, mais à tous les entrepreneurs qui travaillent à nos côtés. 

D’ici dix ans, notre rêve est de devenir un label incontournable pour toutes celles et ceux qui ont envie de développer un projet – qu’il soit amateur ou professionnel, conventionnel ou expérimental – où le partage et la transmission seront les moteurs d’un cinéma ouvert.


L’association a été lauréate du prix IFCIC 2017. Qu’a apporté une telle reconnaissance à la structure et à ses membres ?

Un prix comme celui de l’IFCIC apporte avant tout une légitimité, comme l’avait fait la même année l’obtention du label « La France s’engage » pour notre dispositif Cinétalents. Ce prix valide la reconnaissance d’un travail innovant, expérimental, mais crédible. C’est grâce à l’impact du prix IFCIC que nous avons commencé à travailler au développement d’un projet à dimension européenne, une coopération entre plusieurs pays centrée sur le même public-cible.

Il faut savoir que 1000 Visages s’est d’abord présentée à l’IFCIC non pas seulement comme une association mais comme un écosystème. Une manière de valoriser les maisons de production et les micro-entrepreneurs dont le travail prend racine dans l’association, ou qui y ont été parfois formés. Tous ces gens travaillent ensemble dans une belle harmonie, créent des passerelles entre les différents métiers et techniques de cinéma. À plus long terme, l’IFCIC devrait avoir son importance pour leur faciliter l’accès à des financements qui leur permettront d’assurer leur développement.


© Mille Visages Production

Depuis l’obtention du prix IFCIC, une année s’est écoulée. Que s’est-il passé pour 1000 Visages Production lors de ces derniers mois ?

L’année a été chargée et enthousiasmante. Nous avons d’abord développé nos premières actions en région, notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie ou Rhône-Alpes. Les projets de courts-métrages se sont multipliés, qu’ils soient encore en écriture ou à un stade plus avancé. De nombreux jeunes de notre écosystème se sont lancés, soutenus par notre réseau professionnel. Nous sommes allés également plus loin dans l’insertion en nous rapprochant d’agents ou de directeurs de casting.

De manière générale, notre gamme d’actions s’est élargie, à l’image de nos formations aux métiers du motion design et de la réalité virtuelle. 1000 Visages veut servir de lab’, d’abord pour le cinéma conventionnel mais aussi en s’ouvrant à d’autres mondes, comme ceux de l’animation et de la réalisation en VR. L’IFCIC nous avait d’ailleurs encouragés à approfondir ce genre d’initiatives axées sur les métiers du futur.

Projets, réseaux, prix… Tout fonctionne grâce à l’effet boule de neige. On reste simplement vigilant à ce que cela ne se transforme pas en avalanche !


Quels conseils donneriez-vous à un jeune porteur de projet désireux de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat, qu’il soit culturel, social ou à la croisée de plusieurs domaines d’activité ?

Pour ceux qui démarrent sans rien ou avec peu d’acquis, il est indispensable d’avoir une vision, un rêve - un peu flou au départ - qui devient net. Que serai-je dans dix ans ? Où vais-je emmener mon idée ? Il faut se poser ces questions rapidement, sans attendre que le projet soit déjà lancé à pleine vitesse. Quand un projet est enthousiasmant, qu’il est guidé par une vision, les partenaires opérationnels, artistiques ou financiers vous suivront de plein gré. On déplore souvent que le manque d’argent bloque les projets. Ce n’est pas toujours vrai : c’est souvent l’absence de vision. Il faut tout faire pour que la conscience d’un manque de moyens ne tourne pas à la paralysie. Toute l’équipe de 1000 Visages est dans cette énergie. Certains sont partis de zéro et sont pourtant montés très haut.

 Pour réussir, il faut avoir une vision de ce que l'on veut faire et de ce que l'on veut devenir : que serai-je dans dix ans ? Où vais-je emmener mon idée ?